Mardi 1 mai 2007

  Le livre de monsieur Serge Portelli, "Ruptures" , a été empêché de publication avant les élections. Les éditions Michalon avait pourtant publié "Traité de démagogie appliquée", du même auteur. "Ruptures" sera édité aux éditions L’Harmattan, le 3 mai 2007 et est actuellement disponible en version numérique sur internet.

 

De l’interventionnisme au dirigisme idéologique

Jamais une campagne politique n’a fait l’objet de tant de pressions, de tant de violence, et jamais la liberté de la presse, d’expression n’a été aussi mise à mal ces dernières années qu’avec l’arrivée de Monsieur Sarkozy dans la course à la plus haute fonction politique du pays.

Les meetings politiques de l’UMP, semblables à de véritables diatribes populistes, dans lesquels le candidat de la droite harangue la foule avec des discours de haine idéologique, mêlant passéisme tendancieux et show à l’américaine, s’inscrivent dans une sorte de dégénérescence morale de la politique, que nous allons éclairer par quelques citations issues du livre "Ruptures" et des dépêches de médias.

Le vocabulaire du camp UMP s’affiche clairement dans la crudité et le mépris de ses adversaires. Alors que le débat Bayrou-Royal s’est organisé avec difficulté, l’ancien ministre UDF de la Communication, André Santini, rallié à Nicolas Sarkozy, qualifiait cette rencontre d’"imposture" "pratiquement" anti-constitutionnelle et de "théâtre de Boulevard", pour finalement parler de "partouze" devant des journalistes.

Les références historiques de plus en plus nombreuses de Nicolas Sarkozy ("procès stalinien", référence à la politique des années 1950, rejet de la pensée de 68 inscrite, pour rappel, dans une période de guerre froide et de guerres coloniales : Vietnam, Indochine, lendemains de la guerre d’Algérie...) sont complètement dépassées au regard du monde actuel, et la posture idéologique et le discours de ce candidat s’apparentent assez étroitement aux idées d’un Charles Maurras, penseur de l’extrême-droite de la première moitié du XXième siècle. Ce candidat semble nous préparer une nouvelle monarchie déguisée, sous l’apparence démocratique d’une République dans laquelle les pouvoirs se concentrent autour d’un chef dont les décisions ne pourront être réellement contestées.

L’instrumentalisation du pire

L’instrumentalisation du pire, est bien sûr, cette propension systématique du candidat de la droite, à prendre en exemple les événements les plus atroces pour en tirer des conclusions générales pour l’ensemble de la société, inscrivant la peur et son corollaire, la répression et le contrôle, dans la raison d’être et d’agir des institutions en charge de la collectivité.

Interrogé sur le problème des banlieues sur un plateau de télévision, Nicolas Sarkozy évoque le tueur nommé "Pierrot le fou", comme si le problème de la délinquance se résumait à des histoires de serial-killer, sans prendre en compte la composante sociale du phénomène de la violence, ni le contexte de précarité des jeunes et des quartiers défavorisés. Interrogé par des journalistes sur ses propos généraux sur le déterminisme génétique parus dans un entretien pour le magazine Philosophie Magazine, il prend en exemple un criminel, violeur d’enfant en bas-âge : "Qui peut me dire que c’est normal d’avoir envie de violer un petit garçon de trois ans ?" (Reuters, 10 avril 2007)

Quelques extraits choisis tirés du livre "Ruptures" de Serge Portelli confirment encore cette méthode de pensée réductionniste et dangereuse du candidat, qui est de baser son argumentation sur la peur et le pire :

Et je demande une chose précise : qu’un mineur de 16 à 18 ans qui est un multirécidiviste, l’excuse de minorité lui soit supprimée pour qu’il soit condamné comme un majeur parce que pour Mama Galédou, cette jeune femme qui a été brûlée dans le bus de Marseille, être brûlée sur 62% de son corps... par un mineur ou un majeur, le résultat pour la victime est le même”. (Emission Ripostes, la 5, le 10 décembre 2006).

“N.S Comment expliquer à cette femme handicapée de 56 ans, brûlée vive à Sevran parce qu’elle ne pouvait s’extraire de son bus incendié par trois mineurs de 16 ans, que ceux-ci ont été laissés en liberté par votre tribunal à l’issue de leur interpellation par la police ?” C’était un mensonge pur et simple : ils étaient en détention depuis plusieurs mois quand le ministre de l’intérieur écrivait. Autre mensonge : “ce mineur de 17 ans, déjà mis en cause 55 fois dont 12 fois pour vol avec violence, et laissé en liberté par votre tribunal après avoir roué de coups un chauffeur de bus qui refusait simplement de s’arrêter entre deux arrêts ?” En fait, il était en prison." Les affaires de Bobigny, Ruptures, p.44 Serge Portelli.

Vous vous souvenez de Mme Cremel ? Cette jeune femme de 42 ans assassinée à coup de bâtons sur la tête, parce que pour 20 euros en poche, elle allait faire son jogging. Je vais à l’enterrement, je suis à côté de son mari, admirable de dignité et de sa fille de 11 ans...” (A vous de juger, France 2, 30 novembre 2006).

Comment on s’assure qu’on n’ait plus de situation comme celle que nous avons connue avec Monsieur Fofana, celui qui est suspecté d’être l’assassin du petit Ilan qu’on a retrouvé avec le corps recouvert de 80% de torture. Comment on peut arriver à avoir un comportement aussi barbare ? Est-ce qu’il ne faut pas s’occuper de la détection précoce chez les enfants des troubles du comportement pour éviter ça ?” (Europe 1, 11 avril 2006).

La référence au pire de Nicolas Sarkozy est utilisée pour convaincre l’opinion publique par la peur d’adhérer à une politique de contrôle complètement surréaliste et inquiétante :

Il faut agir plus tôt, détecter chez les plus jeunes les problèmes de violence. Dès la maternelle, dès le primaire il faut mettre des équipes pour prendre en charge ces problèmes. - Dès la maternelle ? - Oui !” (Le Parisien, 2 décembre 2005).

Culture de la mésinformation

Outre la propension du gouvernement auquel appartient Nicolas Sarkozy depuis cinq ans à déformer les informations (cf la contestation autour de la manipulation des chiffres du chômage), le candidat de la droite semble ne reculer devant rien pour se mettre en valeur :

Pris à parti par Monsieur Jean-Marie Le Pen sur le sujet de l’immigration, avant le premier tour, il affirma : "Oui, je suis le fil d’un Hongrois et le petit-fils d’un Grec né à Salonique qui s’est battu pour la France pendant la guerre de 1914." (Le Monde, le 11 avril 2007)

Cette affirmation est démentie par les journalistes Pascal Nivelle et Elise Karlin, dans leur livre "Les Sarkozy : une famille française" : on y apprend que le grand-père maternel de Sarkozy, Benedict Mallah, avait été dispensé de service militaire, étant toujours en cours d’études de médecine, et ayant à charge des personnes de sa famille. Contrairement à ce qu’a rapporté Nicolas Sarkozy, son grand-père n’a donc pas combattu du côté de la France lors de la Première Guerre Mondiale mais s’occupait de ses affaires familiales...

Complément d’informations :

Serge Portelli est magistrat, vice-président au tribunal de Paris, président de la 12e Chambre correctionnelle : son site Betapolitique

par LU-P-1 publié dans : Spécial elections
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Lundi 30 avril 2007

Au soir du premier tour de la présidentielle, déçu par son score de 10 %, Jean-Marie Le Pen s’est essayé à un diagnostic de la scène politique française, dont il faut bien reconnaître qu’il comporte une part de vérité. Il a ainsi déclaré : « De surcroît, nous [le FN] avons gagné la bataille des idées : la nation et le patriotisme, l’immigration et l’insécurité ont été mis au coeur de cette campagne par mes adversaires, qui, hier encore, écartaient ces notions avec une moue dégoûtée ».

Les candidats à l’élection présidentielle nous avaient pourtant promis une campagne “sereine” qui tienne compte des “véritables” attentes et préoccupations des Français et qui refuse délibérément de verser dans la démagogie. Il est vrai que, le “choc du 21 avril” 2002 est passé par là, laissant espérer une certaine “conscientisation républicaine” des états-majors partisans et des leaders politiques, dans le sens d’une renonciation aux fantasmes xénophobes et sécuritaires qui, comme on le sait, font objectivement le jeu de l’extrême droite.

On pouvait toujours rêver.

La « crise de l’identité nationale » : maladie imaginaire pour apprentis sorciers de la République

Le déroulement de la campagne présidentielle nous fait vivre, ou plutôt revivre une sorte de “21 avril anticipé”, Jean-Marie Le Pen jouant temporairement le rôle de figurant dans une tragicomédie électorale qu’il a pourtant entièrement écrite et mise en scène. S’il est convenu aujourd’hui de dénoncer « la lepénisation des esprits »[1], des antidotes démocratiques sont rarement prescrits par nos médecins républicains. Pire, on se trouve dans la situation dramatiquement burlesque de docteurs diagnostiquant une “maladie” — la crise de l’identité nationale — et prétendant la soigner avec des remèdes qui ne sont pas seulement inefficaces, mais qui aggravent le mal et condamnent donc le malade à dépérir à moyen terme. À l’image des médecins raillés par Molière, ils pratiquent une saignée citoyenne, cherchant à guérir le corps malade (la France), en le vidant de sa substance démocratique.

Au regard de la campagne présidentielle, il serait en effet bien difficile de distinguer les rôles, donnant l’impression au spectateur citoyen qu’un même acteur en endosse plusieurs : médecin, guérisseur miraculeux, rebouteux, sorcier du bocage, croque-mort ou encore fossoyeur des idéaux démocratiques, tous semblent se confondre dans un scénario catastrophiste où la “France éternelle” paraît menacée par des hordes barbares ou, pire, de “mauvais Français” — une cinquième colonne en quelque sorte — qui ne cherchent qu’à saper ses valeurs fondatrices, comme le laisse à penser cette déclaration désormais rituelle du candidat Sarkozy :

« Je veux dire aux Français qu’ils auront à choisir entre ceux qui aiment la France et ceux qui affichent la détestation de la France  »[2].

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UMP-FN-MPF : trois versions d’un même slogan

Ce populisme venu d’en haut

D’aucuns nous dirons que les leaders politiques français ne font que répondre aux demandes et surtout aux angoisses de leur peuple, tentant de les conjurer ou plus rarement de les apaiser : c’est la fameuse thèse de la tentation populiste dont certains universitaires ont montré, preuves à l’appui, qu’il s’agissait en réalité d’un “dangereux contresens”, reposant sur l’idée fausse que l’extrémisme et le rejet viendraient fondamentalement du peuple et que nos politiques se contenteraient finalement de s’y adapter. En somme, c’est l’image d’un « peuple naturellement perturbateur »[3] face à une classe politique française plus ou moins responsable.

Dans cette perspective, la dérive sécuritaire et xénophobe de notre système politique serait d’abord la conséquence des attentes et des peurs se tramant au sein du “peuple”, et plus particulièrement dans les couches frappées de plein fouet par la crise (chômeurs, victimes des délocalisations, érémistes, précaires, déclassés sociaux, etc.). Dès lors, on saisit à l’avance les conclusions d’une telle analyse biaisée : les politiques parlent d’insécurité, d’immigration, de crise de l’identité nationale, de communautarisme, de “territoires perdus de la République”…, parce que ces angoisses seraient d’abord ressenties et exprimées par le peuple de France et que ne pas en parler serait pire que tout, laissant le champ libre à Jean-Marie Le Pen, comme on entend dire très souvent.

Revoilà le théorème de Fabius : « Le Pen pose les bonnes questions mais…  »

Pourtant, les études d’opinion ne sont qu’un peu plus claires sur la question : l’immigration ne constitue pas aujourd’hui un thème prioritaire chez les Français, et elle n’arrive qu’en quatorzième, voire quinzième position dans leurs préoccupations quotidiennes, loin derrière la lutte contre le chômage, la santé, l’éducation, la lutte contre la précarité, l’avenir des retraites, le droit au logement, la protection de l’environnement, la défense du pouvoir d’achat[4] Comment expliquer alors sa centralité à la fois dans les discours politiques et dans les programmes électoraux ? En fait, il semble que depuis plus de 20 ans, la classe politique française reste prisonnière dans ce qu’il est convenu d’appeler le théorème de Fabius selon lequel « Le Pen pose les bonnes questions mais donne de mauvaises réponses »[5].

Or, c’est tout le contraire que nous voudrions suggérer ici  : ledit “populisme” n’est pas tant un produit du peuple que des élites politiques françaises, et c’est en ce sens qu’il conviendrait mieux de parler d’élitisme sécuritaire aux relents nationalistes et xénophobes qui est non seulement perceptible dans les propositions des candidats, mais qui plus est dans leurs discours de campagne.

En effet, la lepénisation des esprits apparaît en premier lieu comme une lepénisation des esprits politiques et partisans, et en particulier des leaders et des responsables d’appareil, de gauche comme de droite, qui contribuent très largement à recycler, à banaliser et à légitimer les thématiques frontistes au sein du champ politique français. De ce point de vue, la campagne présidentielle de 2007 en fournit de nombreuses illustrations.

Sarkozy, élève surdoué de la Le Pen Academy

Certes, il serait exagéré d’affirmer que la lepénisation des esprits a touché tous les candidats de manière uniforme et univoque. Pour être clair, disons qu’il est possible de dégager une échelle de lepénisation des esprits politiques et partisans, avec des gammes et des variations. Á la Le Pen Academy, certains politiques apparaissent comme des élèves méritants, d’autres comme des médiocres, et d’autres encore comme de véritables cancres du nationalisme et du patriotisme cocardier.

Dans la classe d’école, bercée quotidiennement par le chant du coq gaulois et aux murs décorés aux couleurs Bleu-Blanc-Rouge — sachant que cette dernière a parfois tendance à virer au brun — Nicolas Sarkozy squatte toujours le premier rang, décrochant régulièrement des bons points en matière d’idéologie sécuritaire et de xénophobie latente, disciplines dans lesquelles il excelle particulièrement. Au risque d’être pris en flagrant délit de copiage, sa copie présidentielle révèle une maîtrise parfaite de l’art de lepéniser le discours républicain ; “faire du Le Pen sans Le Pen” en quelque sorte, ou plutôt du “Le Pen à visage humain”, en y injectant quelques références clairsemées à Jaurès, Blum ou Guy Môcquet, de quoi rassurer un auditoire citoyen qui pourrait douter de sa probité démocratique :

«  Si je suis élu, je conforterai la politique d’immigration choisie que j’ai engagée en tant que ministre de l’Intérieur. J’instaurerai des plafonds annuels d’immigration […]. Je demanderai à ceux qui veulent venir s’installer en France de faire l’effort d’apprendre le français avant, parce que c’est une condition essentielle d’une intégration réussie et parce que cela sera un signe de leur volonté de respecter notre culture. Le regroupement familial ne sera possible que si la personne a un logement et un travail lui permettant de faire vivre sa famille sans prise en compte des allocations familiales. Enfin, j’ai proposé la création d’un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale car l’intégration passe par le partage de notre culture autant que par son enrichissement. Un seul ministère doit traiter l’ensemble des questions relatives à l’immigration, à l’intégration et au codéveloppement  »[6].

L’élève Sarkozy a donc parfaitement retenu et assimilé la leçon de son instituteur frontiste, au point d’en faire l’une des clés de son programme pour l’examen présidentiel. Et pour ceux qui ne seraient pas totalement convaincus de la pertinence de l’association du “problème” de l’immigration au thème de l’identité nationale en péril, Nicolas Sarkozy, l’élève incontestablement le plus doué et le plus prometteur de la Le Pen Academy, promotion 2007, persiste :

« Je veux clairement lier l’immigration qui va venir et l’identité qui est la nôtre pour dire à ceux qui vont venir qu’ils doivent adhérer à des valeurs qu’ils vont enrichir de leur propre identité et sur lesquelles nous ne sommes pas prêts à transiger  »[7].

Une Marseillaise sur l’air du « Maréchal nous voilà…  »

Mais plus encore que les programmes qui sont tout de même lissés et épurés, afin de ne pas trop effrayer les citoyens ordinaires (à l’exception des partisans de Philippe de Villiers et de Jean-Marie Le Pen), les discours de campagne, que l’on peut considérer comme des “expressions à chaud”, laissent entrevoir un patriotisme débridé qui vire souvent au nationalisme étriqué. Force est de constater que La Marseillaise, que nos femmes et nos hommes font chanter à leurs sympathisants et à leurs militants à la fin de leurs meetings, a parfois des airs de Maréchal nous voilà ![8]

Rappelons brièvement les paroles de cette sinistre chanson qui renvoie aux heures les plus noires de notre histoire contemporaine (1940-1944) : « Français levons la tête, Regardons l’avenir ! Nous, brandissant la toile, Du drapeau immortel, Dans l’or de tes étoiles, Nous voyons luire un ciel … »[9], des paroles que ne re-nieraient certainement pas nombre de candidats actuels à l’élection présidentielle et, en premier lieu, le président de l’UMP qui se présente désormais comme le héraut du patriotisme français, stigmatisant dans la foulée les « mauvais Français » ou les « étrangers suspects » vivant sur notre sol.

Car faute d’imagination politique dans les domaines social, économique et culturel, Nicolas Sarkozy espère mobiliser les électeurs sur le registre d’un patriotisme “vieille France”, dans le but de dépasser sur sa droite Jean-Marie Le Pen et Philippe de Villiers et de faire passer ses challengers, François Bayrou et Ségolène Royal, comme de piètres patriotes ou, pire, des représentants de l’anti-France.

En effet, depuis le début de la campagne électorale, la rhétorique sarkozyenne ne cesse d’emprunter des accents maurassiens ou barrésiens, selon les circonstances, remettant profondément en cause la conception braudelienne selon laquelle la France s’est construite sur ses identités migratoires diverses et multiples :

« Être français, déclare N. Sarkozy, c’est aimer la France, c’est vouloir la République, c’est respecter l’État. Etre français c’est prendre en partage l’histoire de la France et les valeurs de la France. Être français c’est penser qu’au-delà de la droite et de la gauche, au-delà des partis, au-delà des croyances, il y a quelque chose de plus grand qui s’appelle la France. Je veux dire à tous les Français que la France est plus forte quand elle est unie, que la désunion des Français a toujours causé l’affaiblissement de la France, que lorsque la France est faible c’est chacun d’entre nous qui se trouve affaibli. Être français c’est se sentir l’héritier d’une seule et même histoire dont nous avons toutes les raisons d’être fiers. Si on aime la France, on doit assumer son histoire et celle de tous les Français qui ont fait de la France une grande nation »[10].

Cette conception d’une France culturellement homogène du point de vue de ses traditions et de ses valeurs induit logiquement la stigmatisation des forces centrifuges, des adversaires et des ennemis, y compris ceux qui se drapent dans la nationalité française, mais qui en réalité la trahissent sournoisement. Aussi retrouve-t-on dans la rhétorique sarkozienne la vieille thématique de l’ennemi intérieur et de l’anti-France, déjà présente dans les discours nationalistes de l’entre-deux-guerres :

« Depuis des décennies nous laissons dénigrer la nation et la République. Nous nous excusons même d’incarner une identité nationale, républicaine, française. Depuis des décennies nous avons pris l’habitude d’avoir honte de notre histoire et de nos valeurs. Comment s’étonner dès lors que ce qui nous sépare finisse par devenir plus grand que ce qui nous unit ? Que ceux qui nous rejoignent n’arrivent pas à s’intégrer à un pays dont on n’aurait même pas pris la peine de leur parler ? Comment s’étonner qu’à avoir trop longtemps cédé sur la laïcité on ait fait le lit des fanatismes et de l’intolérance ? C’est à l’honneur de Jacques Chirac que de l’avoir rappelé avec force. Comment s’étonner qu’en dénigrant l’amour de la patrie on réveille le nationalisme qui est la haine des autres ? Comment s’étonner que la mode exécrable de la repentance, en voulant faire expier aux Français les fautes supposées des générations passées, ressuscite des haines ancestrales que l’on croyait à tout jamais appartenir à l’histoire et rouvre des blessures que le temps avait à peine commencé à fermer ?  »[11].

Travail, famille, patrie : ça ne vous rappelle rien ?

Et pour clore cette tragicomédie électorale de la “Nation en danger”, c’est bien sûr l’appel sarkozyen aux valeurs fondamentales de la France éternelle, le travail et la restauration de l’autorité dans l’éducation bafouée par l’esprit défaitiste des soixante-huitards :

« La France traverse une crise morale : celle du travail. La réhabilitation du travail est au cœur de mon projet présidentiel. Je ne vous mentirai pas, je ne vous trahirai pas. Je ne me déroberai pas. Je vous demande votre confiance pour qu’ensemble tout devienne possible  »[12].

Et, le patron de l’UMP de rajouter, sur un ton menaçant, à l’intention des enseignants “laxistes” — ça rime d’ailleurs avec “marxistes” — assimilés à des « Munichois de l’école publique » :

« Il faut en finir avec cet autre aspect de l’idéologie de 68 qui tient l’influence de la famille pour forcément néfaste. Il faut en finir avec la mise en accusation systématique de la famille. C’est dans la responsabilisation de la famille et non dans son affaiblissement que se trouve la clé de beaucoup des problèmes que nous rencontrons avec une partie de la jeunesse  »[13].

Le Pen est mort dans les urnes, vive « le petit Le Pen » à l’Elysée !

Après le choc 21 avril 2002 et l’extraordinaire mobilisation qui s’est ensuivie, on pouvait penser que la Le Pen Academy serait condamnée à la faillite et qu’elle ne se réduirait bientôt plus qu’à une modeste université de province, tout juste apte à former des petits notables et des roitelets locaux sans envergure nationale. Or, c’est tout le contraire qui s’est passé : la Le Pen Academy a désormais acquis ses lettres de noblesses dans l’univers politique français, délivrant diplômes, attestations d’études et doctorats honoris causa en “identité nationale sublimée”, “patriotisme étriqué”, “chauvinisme” et en bien d’autres spécialités françaises, avec des laboratoires et des ateliers où l’on apprend consciencieusement aux étudiants à chanter La Marseillaise et à coudre des drapeaux tricolores. Jean-Marie Le Pen, son président-fondateur, peut donc dormir tranquille : la promotion 2007 s’annonce prometteuse.

La France, c’est nous !

Non, Monsieur Sarkozy, malgré votre statut de 1er de la classe de la Le Pen Academy, promotion 2007, nous ne quitterons pas la France, au lendemain de votre triomphale consécration électorale. Nous la critiquons, parce que précisément nous l’aimons. Nous, enfants et petits enfants de républicains espagnols, d’anti-fascistes italiens, de juifs allemands, de travailleurs arméniens des FTP-MOI, de soldats indigènes libérateurs de la Nation, de résistants du Vercors, du Limousin et d’ailleurs, nous savons très bien que nos glorieux ancêtres, majoritairement prolétaires et paysans, n’auraient probablement jamais réussi votre test linguistique et votre épreuve de francité, mesurant leur prétendue conformité à la « vraie culture française ». Ils se sont battus pour elle, ils ont sacrifié leur santé et leur vie, parce que tout simplement, ils l’aimaient. Et contrairement à vous, Monsieur Sarkozy, nous revendiquons haut et fort notre statut de « cancres éternels » de la Le Pen Academy

Vincent GEISSER, Professeur à l'IEP Aix en Provence

 
 

* Version adaptée d’un éditorial paru dans la revue Migrations-Société, vol. 19, n° 110, mars-avril 2007, p. 3-15.

[1] . TEVANIAN, Pierre ; TISSOT, Sylvie, Dictionnaire de la lepénisation des esprits, Paris : Éd. L’Esprit frappeur, 2002, 373 p.

[3]. COLLOWALD Annie, Le “populisme du FN”. Un dangereux contresens, Bellecome-en-Bauges : Éditions du Croquant, 2004, 253 p. (voir p. 44).

[4]. Voir les résultats du sondage exclusif CSA/L’Humanité, réalisé les 17 et 18 janvier 2007,

[5]. Phrase prononcée par Laurent Fabius en 1984, alors qu’il était Premier ministre de François Mitterrand.

[6]. SARKOZY, Nicolas, “Mon projet. Ensemble tout devient possible”, cité par GIRARD, Delphine, “Exclusif : le projet présidentiel de Nicolas Sarkozy”, La Tribune du 28-3-2007.

[8]. Chanson nationaliste créée officiellement en 1940 à la gloire du maréchal Pétain, chef de l’État français (1940-1944), fossoyeur de la République.

[9]. Extrait des paroles originales de Maréchal nous voilà !

[12]. SARKOZY, Nicolas, “Mon projet. Ensemble tout devient possible”, cité par GIRARD, Delphine, “Exclusif : le projet présidentiel de Nicolas Sarkozy”, La Tribune du 28-3-2007.

 

 

par LU-P-1 publié dans : lupeen
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Lundi 30 avril 2007

                                « Je préfère un excès de caricature à un excès de censure ». « Je tiens à apporter mon soutien à votre journal qui s’inscrit dans une vieille tradition française, celle de la satire ». « Il faut défendre le droit de sourire de tout ». On se souvient tous des propos de Nicolas Sarkozy qui est subitement venu apporter son soutien à ses nouveaux amis de Charlie Hebdo dans le procès que lui intentaient la Mosquée de Paris et l’UOIF.

Or dans un article de Véronique Maurus publié dans le Monde (28 avril 2007), on y apprend que le même Nicolas Sarkozy, candidat UMP à l’élection présidentielle, s’est plaint auprès de Plantu de la façon dont le caricaturiste du Monde le dessinait.

L’attitude du Bushillon de Neuilly-sur-Seine qui se croit déjà élu Président de la République n’est guère surprenante. Partisan d’une république médiatio-bananière, Sarkozy vient encore une fois de prouver que sa défense du « droit de sourire de tout » fluctue en fonction de la tête de celui qui est caricaturé. Brocarder la trombine de Sarkozy équivaut pour ce ce dernier à un crime de lèse-majesté.

Extrait de l’article de Véronique Maurus

Dans un même élan, les lecteurs s’offusquent du brassard rouge et noir, marqué "I. N." (pour "identité nationale"), dont Plantu affuble régulièrement le candidat de l’UMP, ainsi que des mouches qui survolent son crâne de temps à autre. […] A preuve l’histoire des mouches. Succédant à une série de moustiques nommés "Sarkungugna", la première apparut sur un dessin du 14 décembre 2005. Jacques Chirac, très ému, déposait une gerbe à la mémoire des esclaves ; dans son dos, un élu UMP en short et casque colonial murmurait une traîtrise à l’oreille du ministre de l’intérieur. Il faisait chaud, la mouche volait bas, un peu par hasard, se souvient Plantu. Lequel fut fort étonné, le lendemain, de voir débarquer un motard en tenue, pour lui remettre une lettre à en-tête du ministère de l’intérieur.

Nicolas Sarkozy, après des compliments d’usage, disait : "Je n’ai pas manqué de remarquer un détail qui agrémente ma présence sur votre dessin (...) : une mouche. (...) Je sais qu’elles accompagnent généralement la représentation de Jean-Marie Le Pen. (...) J’ignore sincèrement ce qui me vaut un tel traitement, tant je considère avoir, tout au long de ma vie politique, combattu les idées de l’extrême droite : le racisme, l’intolérance, l’antisémitisme et, de manière générale, tout ce qui atteint l’homme dans sa dignité, à commencer par l’esclavage." Suivait une proposition d’entretien pour dissiper le "malentendu".

[…]"Bien sûr, le lendemain, j’ai dessiné trois mouches !", raconte Plantu en riant. Depuis, Nicolas Sarkozy a aggravé son cas en se plaignant auprès de la direction du journal d’avoir été croqué en petit chien, "en roquet", selon lui, puis d’avoir été affublé du brassard "I. N.". "Il provoque lui-même la réaction qu’il redoute, note le caricaturiste. Là où il y a une mouche, il en crée trois..."

[ …] Force de l’habitude, les protestations, officieuses ou officielles, ne le touchent guère. "Je ne le vis pas comme une tentative de pression car j’ai la chance d’être soutenu par la rédaction et la direction du Monde." Mais ailleurs, note-t-il, ce genre de méthode peut marcher. "Sarkozy impressionne tellement que, s’il y a un pétochard dans la rédaction en chef, la liberté du dessinateur est fichue."

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-903182@51-853571,0.html

par LU-P-1 publié dans : Spécial elections
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Mercredi 25 avril 2007

Nombre d'inscrits: 2334

nombre de votants: 1899

Suffrages exprimés: 1874    

              

ROYAL: 31,00%     

Sarkozy: 29,14%

Le Pen: 17,50%

Bayrou: 11,26%

Besancenot: 3,90%

Villiers: 2,40%

Laguillier: 1,23%

Bové: 1,23%

Buffet: 0,96%

Voynet: 0;75%

Nihous: 0,48%

schivardi: 0,16%

 

Comme partout en france, très grosse participation des LU-P-N et des LU-P-1 (environ 80%), jeunes comme les moins jeunes se sont mobilisées pour se faire entendre... Un vent rose a soufflé dans la ville avec la complicité du soleil.

 

par LU-P-1 publié dans : Spécial elections
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Lundi 9 avril 2007

La municipalité a voté le budget primitif pour l'année 2007. Aucun investissement ne sera fait sur le projet de réhabilitation de l'espace laissé vacant par la destruction de la tour donc rien de prévu en 2007. La mairie continue donc de traîner des pieds pour mettre en place un projet viable.

Une enqête devrait être fini mais des consignes ont été donné aux secrétaires de mairie de prendre leur temps. Voila deux ans qu'on fait mirroiter les habitants sur le réaménagement de leur environnement mais notre municipalité a d'autres priorités...

Le Sporting club de foot de Saint Loup souhaite mettre sur pied une "salle de foot". Non, ca ne sera pas un endroit pour jouer au foot mais seulement une salle de réunion. Dire salle de foot, cela passe mieux pour les demandes de subventions. Le dossier est monté par le club mais les financeurs refusent au titre que ce n'est pas la municipalité qui porte le projet... alors Mr Galmiche (Président du club) se tourne vers Mr Rouiller pour que la ville de Saint Loup prenne le dossier en main... Mr Rouiller accepte la demande sans rechigner... même si la ville de Saint Loup n'a pas les moyens, Mr Rouiller ne peut pas dire non à Mr Galmiche qui compte dans ses rangs David Tamisier (employé de la commune), Pat (employé de la commune)... Cout du projet: 105 000 HT€ ...  Non, vous ne louchez pas, il n'y a pas de zéro en plus!

De plus, comme le dit si bien Mr Azou "la Mairie aura certainement une part à prendre dans le financement" car "ils étaient tellement persuadés d'arriver au bout de leur projet, qu'on ne pouvait pas les empêcher d'aboutir. La nuance est qu'au départ, la Commune ne mettait pas un centime dans ce projet. Maintenant que la Commune est porteuse du projet, c'est différent" (1)

Oui, je vous l'accorde Mr Azou, c'est bien différent. Lorsque depuis 2 ans, les habitants du Mont Pautet demande un projet dans leur quartier, on fait valoir l'argument de "ya plus de tunes dans les caisses de la ville" mais dès que c'est le sporting qui dépose un projet, en 6 mois,le conseil municipal" à l'unisson accepte le projet... Bravo, la gestion communale à géométrie variable!!!

 

(1)(citations extraites du compte-rendu officiel du conseil municipal daté du 30 janvier 2007)

par LU-P-1 publié dans : lupeen
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