Mardi 1 mai 2007

  Le livre de monsieur Serge Portelli, "Ruptures" , a été empêché de publication avant les élections. Les éditions Michalon avait pourtant publié "Traité de démagogie appliquée", du même auteur. "Ruptures" sera édité aux éditions L’Harmattan, le 3 mai 2007 et est actuellement disponible en version numérique sur internet.

 

De l’interventionnisme au dirigisme idéologique

Jamais une campagne politique n’a fait l’objet de tant de pressions, de tant de violence, et jamais la liberté de la presse, d’expression n’a été aussi mise à mal ces dernières années qu’avec l’arrivée de Monsieur Sarkozy dans la course à la plus haute fonction politique du pays.

Les meetings politiques de l’UMP, semblables à de véritables diatribes populistes, dans lesquels le candidat de la droite harangue la foule avec des discours de haine idéologique, mêlant passéisme tendancieux et show à l’américaine, s’inscrivent dans une sorte de dégénérescence morale de la politique, que nous allons éclairer par quelques citations issues du livre "Ruptures" et des dépêches de médias.

Le vocabulaire du camp UMP s’affiche clairement dans la crudité et le mépris de ses adversaires. Alors que le débat Bayrou-Royal s’est organisé avec difficulté, l’ancien ministre UDF de la Communication, André Santini, rallié à Nicolas Sarkozy, qualifiait cette rencontre d’"imposture" "pratiquement" anti-constitutionnelle et de "théâtre de Boulevard", pour finalement parler de "partouze" devant des journalistes.

Les références historiques de plus en plus nombreuses de Nicolas Sarkozy ("procès stalinien", référence à la politique des années 1950, rejet de la pensée de 68 inscrite, pour rappel, dans une période de guerre froide et de guerres coloniales : Vietnam, Indochine, lendemains de la guerre d’Algérie...) sont complètement dépassées au regard du monde actuel, et la posture idéologique et le discours de ce candidat s’apparentent assez étroitement aux idées d’un Charles Maurras, penseur de l’extrême-droite de la première moitié du XXième siècle. Ce candidat semble nous préparer une nouvelle monarchie déguisée, sous l’apparence démocratique d’une République dans laquelle les pouvoirs se concentrent autour d’un chef dont les décisions ne pourront être réellement contestées.

L’instrumentalisation du pire

L’instrumentalisation du pire, est bien sûr, cette propension systématique du candidat de la droite, à prendre en exemple les événements les plus atroces pour en tirer des conclusions générales pour l’ensemble de la société, inscrivant la peur et son corollaire, la répression et le contrôle, dans la raison d’être et d’agir des institutions en charge de la collectivité.

Interrogé sur le problème des banlieues sur un plateau de télévision, Nicolas Sarkozy évoque le tueur nommé "Pierrot le fou", comme si le problème de la délinquance se résumait à des histoires de serial-killer, sans prendre en compte la composante sociale du phénomène de la violence, ni le contexte de précarité des jeunes et des quartiers défavorisés. Interrogé par des journalistes sur ses propos généraux sur le déterminisme génétique parus dans un entretien pour le magazine Philosophie Magazine, il prend en exemple un criminel, violeur d’enfant en bas-âge : "Qui peut me dire que c’est normal d’avoir envie de violer un petit garçon de trois ans ?" (Reuters, 10 avril 2007)

Quelques extraits choisis tirés du livre "Ruptures" de Serge Portelli confirment encore cette méthode de pensée réductionniste et dangereuse du candidat, qui est de baser son argumentation sur la peur et le pire :

Et je demande une chose précise : qu’un mineur de 16 à 18 ans qui est un multirécidiviste, l’excuse de minorité lui soit supprimée pour qu’il soit condamné comme un majeur parce que pour Mama Galédou, cette jeune femme qui a été brûlée dans le bus de Marseille, être brûlée sur 62% de son corps... par un mineur ou un majeur, le résultat pour la victime est le même”. (Emission Ripostes, la 5, le 10 décembre 2006).

“N.S Comment expliquer à cette femme handicapée de 56 ans, brûlée vive à Sevran parce qu’elle ne pouvait s’extraire de son bus incendié par trois mineurs de 16 ans, que ceux-ci ont été laissés en liberté par votre tribunal à l’issue de leur interpellation par la police ?” C’était un mensonge pur et simple : ils étaient en détention depuis plusieurs mois quand le ministre de l’intérieur écrivait. Autre mensonge : “ce mineur de 17 ans, déjà mis en cause 55 fois dont 12 fois pour vol avec violence, et laissé en liberté par votre tribunal après avoir roué de coups un chauffeur de bus qui refusait simplement de s’arrêter entre deux arrêts ?” En fait, il était en prison." Les affaires de Bobigny, Ruptures, p.44 Serge Portelli.

Vous vous souvenez de Mme Cremel ? Cette jeune femme de 42 ans assassinée à coup de bâtons sur la tête, parce que pour 20 euros en poche, elle allait faire son jogging. Je vais à l’enterrement, je suis à côté de son mari, admirable de dignité et de sa fille de 11 ans...” (A vous de juger, France 2, 30 novembre 2006).

Comment on s’assure qu’on n’ait plus de situation comme celle que nous avons connue avec Monsieur Fofana, celui qui est suspecté d’être l’assassin du petit Ilan qu’on a retrouvé avec le corps recouvert de 80% de torture. Comment on peut arriver à avoir un comportement aussi barbare ? Est-ce qu’il ne faut pas s’occuper de la détection précoce chez les enfants des troubles du comportement pour éviter ça ?” (Europe 1, 11 avril 2006).

La référence au pire de Nicolas Sarkozy est utilisée pour convaincre l’opinion publique par la peur d’adhérer à une politique de contrôle complètement surréaliste et inquiétante :

Il faut agir plus tôt, détecter chez les plus jeunes les problèmes de violence. Dès la maternelle, dès le primaire il faut mettre des équipes pour prendre en charge ces problèmes. - Dès la maternelle ? - Oui !” (Le Parisien, 2 décembre 2005).

Culture de la mésinformation

Outre la propension du gouvernement auquel appartient Nicolas Sarkozy depuis cinq ans à déformer les informations (cf la contestation autour de la manipulation des chiffres du chômage), le candidat de la droite semble ne reculer devant rien pour se mettre en valeur :

Pris à parti par Monsieur Jean-Marie Le Pen sur le sujet de l’immigration, avant le premier tour, il affirma : "Oui, je suis le fil d’un Hongrois et le petit-fils d’un Grec né à Salonique qui s’est battu pour la France pendant la guerre de 1914." (Le Monde, le 11 avril 2007)

Cette affirmation est démentie par les journalistes Pascal Nivelle et Elise Karlin, dans leur livre "Les Sarkozy : une famille française" : on y apprend que le grand-père maternel de Sarkozy, Benedict Mallah, avait été dispensé de service militaire, étant toujours en cours d’études de médecine, et ayant à charge des personnes de sa famille. Contrairement à ce qu’a rapporté Nicolas Sarkozy, son grand-père n’a donc pas combattu du côté de la France lors de la Première Guerre Mondiale mais s’occupait de ses affaires familiales...

Complément d’informations :

Serge Portelli est magistrat, vice-président au tribunal de Paris, président de la 12e Chambre correctionnelle : son site Betapolitique

par LU-P-1 publié dans : Spécial elections
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